Ce que j’ai appris sur les droits des femmes en Côte d’Ivoire 🇨🇮

Entre octobre et décembre 2023 , la journaliste Sadia Mandjo s’est intéressée aux droits des femmes en Côte d’Ivoire, dans le cadre d’un projet journalistique engagé nommé « Tour d’Afrique des droits des femmes ». Elle a observé la situation sur le terrain, rencontré des citoyennes, des citoyens, des militantes et des responsables associatifs. En plus de partager ses trouvailles sur les réseaux sociaux du projet, elle a publié une vidéo YouTube récapitulative de ce qu’elle a appris au long de ses rencontres. Cet article résume les points majeurs abordés dans la vidéo. 

Une perception mitigée dans la population

 

Dès le début de son séjour, la journaliste est allée à la rencontre des Ivoiriennes et des Ivoiriens dans la rue pour leur poser une question simple : « quelle note donneriez-vous à la Côte d’Ivoire pour le respect des droits des femmes, entre 1 et 10 ? » La plupart des réponses se situaient autour de la moyenne. Beaucoup ont donné 4 ou 5 sur 10, estimant que la situation s’améliore, mais reste insuffisante.

Chez les femmes interrogées, trois problèmes revenaient très souvent : les violences conjugales, le manque de ressources économiques et le manque de considération dans la société. Certaines expliquaient que la violence restait fréquente, notamment lorsque la femme dépend financièrement de son conjoint. D’autres évoquaient les difficultés d’accès aux postes à responsabilité ou le sentiment d’être inférieures aux hommes dans le monde du travail. Un autre élément marquant : plusieurs femmes ont refusé d’être filmées, signe que la parole reste difficile à libérer sur ces sujets.

Une vision différente chez certains hommes

 

Du côté des hommes, les réactions étaient souvent différentes.
Certains estimaient que les femmes étaient libres, tant qu’elles respectaient les règles traditionnelles au sein du foyer. Pour eux, la femme peut travailler et s’émanciper, mais doit rester « soumise » dans la sphère familiale. D’autres pensaient même que les femmes avaient plus de droits que les hommes, avant de reconnaître, après discussion, que les femmes avaient en réalité moins d’opportunités dans l’emploi, la santé ou la prise de décision.

Des chiffres inquiétants et difficiles à obtenir 

 

Obtenir des données fiables sur les violences faites aux femmes en Côte d’Ivoire reste compliqué. Plusieurs activistes d’Afrique de l’Ouest ont récemment signé une pétition pour demander davantage de moyens afin de collecter des statistiques précises.

Malgré ces difficultés, certains chiffres donnent une idée de l’ampleur du problème : deux femmes seraient violées chaque jour à Abidjan, environ 70 % des femmes seraient concernées par des violences conjugales, plus de 400 femmes auraient été tuées par leur mari en 2020 dans seulement six communes, plus de 5 000 cas de violences basées sur le genre ont été enregistrés en neuf mois en 2023.

Les mentalités restent également un obstacle important : 41 % des femmes pensent qu’une gifle n’est pas une violence, 37 % des hommes estiment qu’un mari n’a pas besoin du consentement de sa femme pour avoir des relations sexuelles, 70 % des personnes interrogées considèrent que l’homme doit décider si une femme peut travailler.

Le rôle essentiel des activistes

 

Face à cette situation, de nombreuses militantes se mobilisent sur le terrain. Parmi elles, la juriste et féministe Sylvia Apata, cofondatrice de l’ONG Citoyennes pour la Promotion et Défense des Droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM) une organisation de défense des droits des femmes, a mené une enquête sur les violences sexuelles en milieu universitaire.

Cette étude a révélé que la grande majorité des victimes gardent le silence et que les mécanismes de signalement étaient inexistants dans certaines universités. Après la publication des résultats, des cellules d’écoute ont été mises en place, mais les militantes expliquent que cela ne suffit pas. Les victimes hésitent encore à dénoncer les faits, notamment lorsque les agresseurs font partie du personnel ou des organisations étudiantes. « Étant donné que les chiffres ont prouvé que 90 % des victimes gardent le silence, ça veut dire qu’en réalité les 69 cas qui ont été révélés il faut les multiplier par trois pour avoir le véritable chiffre et c’est là où ça fait vraiment froid dans le dos » explique-t-elle dans l’interview. La publication de ces chiffres a également entraîné des menaces contre les militantes, preuve que le sujet reste sensible.

Des droits sexuels et reproductifs encore très limités

 

Un autre sujet revient souvent : l’accès à la contraception et aux soins liés à la santé reproductive. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui le seul pays d’Afrique de l’Ouest francophone à ne pas avoir adopté de loi complète sur la santé sexuelle et reproductive. Une loi avait été envisagée en 2018, mais elle n’a pas été adoptée, notamment en raison de blocages politiques et religieux explique Agathe Blanc, juriste dans la vidéo YouTube. Selon plusieurs juristes, une telle loi permettrait :

  • de mieux encadrer l’accès à la contraception,
  • de réduire les avortements clandestins,
  • d’améliorer la prise en charge médicale,
  • de protéger davantage les jeunes filles.

 

Des associations très actives mais avec peu de moyens

 

Malgré les obstacles, de nombreuses organisations se battent au quotidien pour faire avancer les droits des femmes. Une liste non-exhaustive est dressée dans la vidéo. 

Elles interviennent dans plusieurs domaines :

  • lutte contre les violences,
  • accompagnement des victimes,
  • sensibilisation,
  • autonomisation économique,
  • plaidoyer politique.

 

La plupart fonctionnent avec très peu de ressources.
Beaucoup de militantes financent elles-mêmes leurs actions, leurs déplacements ou leurs événements. Certaines dénoncent aussi la difficulté d’obtenir des financements, en raison de procédures complexes ou d’un système jugé trop élitiste. Malgré la fatigue et la pression, elles continuent leur combat, souvent par conviction personnelle, par foi ou par solidarité avec les victimes.

Des avancées, mais encore trop lentes

 

La situation n’est pas figée. Des progrès existent, notamment grâce à la mobilisation des associations. Par exemple : le certificat médical payant exigé après un viol n’est plus obligatoire, des formations sont mises en place pour les policiers et gendarmes, des discussions ont lieu au Parlement sur la prise en charge des victimes.

Les autorités se disent ouvertes, mais les militantes réclament davantage de moyens concrets. Selon elles, c’est le financement des politiques publiques et le soutien aux associations qui feront réellement la différence.

En Côte d’Ivoire, les droits des femmes avancent, mais lentement. Entre traditions, manque de moyens et résistances sociales, le combat reste difficile. Pourtant, sur le terrain, des femmes continuent de s’engager chaque jour pour faire évoluer la société, souvent au prix de sacrifices personnels. Leur travail, encore trop peu visible, est aujourd’hui l’un des moteurs principaux du changement.

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