Au Sénégal, la loi anti-LGBT inquiète les féministes : un recul des droits qui pourrait aussi menacer les femmes


La nouvelle loi adoptée au Sénégal contre les personnes LGBTQ+ inquiète bien au-delà des organisations de défense des minorités sexuelles. Pour de nombreuses militantes féministes, ce durcissement législatif constitue aussi un signal d’alerte pour les droits des femmes. Dans de nombreux contextes, les offensives contre les droits LGBTQ+ s’accompagnent en effet d’attaques plus larges contre l’égalité de genre, la liberté de disposer de son corps et l’autonomie des femmes.

Le 11 mars, l’Assemblée nationale sénégalaise a adopté un texte qui renforce la répression de l’homosexualité, déjà criminalisée dans le pays. La nouvelle loi prévoit de doubler les peines encourues, avec des sanctions pouvant aller jusqu’à dix ans de prison et dix millions de francs CFA d’amende, soit environ 15 000 euros. Le texte vise également les organisations accusées de soutenir l’homosexualité ou de financer des initiatives liées aux droits LGBTQ+, faisant craindre un élargissement de la répression aux associations et aux défenseur·es des droits humains.

Cette évolution suscite une vive inquiétude chez les organisations féministes et les ONG de défense des droits humains. Plusieurs observateurs rappellent que les lois anti-LGBT sont souvent portées par des mouvements politiques ou religieux qui défendent également une vision très conservatrice de la société : promotion du rôle traditionnel des femmes, opposition à l’avortement, rejet de l’éducation sexuelle ou encore défense d’un modèle familial strictement patriarcal.

Au-delà de la question de l’orientation sexuelle, ces lois reposent sur un principe plus large : celui selon lequel l’État peut décider quelles relations sont acceptables, quel modèle familial est légitime et qui a le droit de disposer de son propre corps. Or ce même raisonnement est fréquemment utilisé pour restreindre l’accès à la contraception, limiter le droit à l’avortement, stigmatiser les mères célibataires ou freiner l’égalité dans le mariage.

Pour les défenseur·es des droits humains, le recul des libertés pour une minorité fragilise l’ensemble des protections juridiques. Plusieurs ONG soulignent que les pays où les personnes LGBTQ+ sont fortement réprimées sont aussi souvent ceux où la liberté d’expression est restreinte, où les organisations féministes sont surveillées ou entravées, et où les mouvements pour l’égalité rencontrent davantage d’obstacles.

Une défenseure des droits humains contactée par TADF, qui souhaite rester anonyme, confie son inquiétude face à cette évolution :
« Cette annonce est catastrophique pour les droits humains en général. J’ai peur que les prochaines soient les femmes. J’ai peur qu’on nous dicte notre manière de nous habiller ou ce que nous avons le droit de faire. Ça fait peur. Est-ce que nous serons les prochaines ? »

Pour de nombreuses militantes, la question dépasse donc largement le cadre des droits LGBTQ+. Elle touche au socle même des libertés individuelles. Et rappelle que lorsque l’État commence à décider qui mérite des droits et qui peut en être privé, ce sont souvent les femmes qui se retrouvent en première ligne.

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