20 Déc Les marcheuses de Grand-Bassam : ces héroïnes ivoiriennes qui ont défié le pouvoir colonial
L’histoire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ne s’est pas écrite uniquement dans les bureaux des responsables politiques. Elle s’est aussi construite dans la rue, grâce au courage de femmes engagées.
En décembre 1949, des militantes ivoiriennes ont organisé une marche historique entre Abidjan et Grand-Bassam pour protester contre l’arrestation de leaders anticoloniaux. Leur mobilisation, longtemps oubliée, reste aujourd’hui l’un des symboles les plus forts de la lutte pour la liberté.
L’arrestation de militants opposés au système colonial
Le 6 février 1949, plusieurs hommes politiques ivoiriens opposés au système colonial français sont arrêtés.
Parmi eux figurent huit membres fondateurs du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA), un mouvement engagé contre la domination coloniale. Ces arrestations provoquent une vive réaction au sein du parti, en particulier chez les militantes, qui refusent de rester silencieuses face à ce qu’elles considèrent comme une injustice.
« Les évaluations nous disent qu’elles étaient entre 2000 et 4000 femmes venant de toutes la sous-région pour soutenir les Ivoriennes » explique Nandouhard Akueson, chercheur et auteur de « La marche des femmes glorieuses sur Grand-Bassam ».
Une mobilisation menée par des femmes
Dans un premier temps, les militantes organisent un boycott des produits français afin de protester contre les décisions de l’administration coloniale. Mais après plusieurs mois sans résultat, elles décident de passer à une action plus directe.
Du 22 au 24 décembre 1949, elles organisent une marche de protestation entre Abidjan et Grand-Bassam, soit près de 40 kilomètres, pour réclamer la libération des prisonniers politiques détenus dans la prison de Grand-Bassam.
À cette époque, une telle mobilisation féminine est exceptionnelle. Dans un contexte colonial où les femmes sont rarement visibles dans la vie politique, ce réseau de solidarité représente un acte de courage remarquable.

Anne-Marie Raggi, l’une des meneuses de la marche.
Une marche pour la liberté, au-delà des prisonniers
L’écrivaine, historienne et femme politique Henriette Diabaté a retracé cet épisode dans un ouvrage publié en 1975 « La marche des femmes sur Grand-Bassam« . Selon elle, ces femmes ne marchaient pas seulement pour libérer des hommes emprisonnés. Elles marchaient aussi pour leur propre liberté, contre la domination coloniale et contre les injustices imposées à leur peuple.
Leur combat s’inscrivait dans une lutte plus large pour l’avenir de la Côte d’Ivoire.
Pour éviter d’être arrêtées avant d’atteindre leur objectif, les marcheuses se répartissent en petits groupes afin de ne pas attirer l’attention de la police coloniale.
Répression et violences à Grand-Bassam
À leur arrivée à Grand-Bassam, les manifestantes sont violemment réprimées. Certaines sont gazées, frappées et arrêtées par les forces coloniales. Malgré cette répression, leur action marque les esprits et renforce la mobilisation contre le système colonial.
Une contribution oubliée à l’indépendance
Les prisonniers politiques seront finalement libérés en 1950. Dix ans plus tard, en 1960, la Côte d’Ivoire accède à l’indépendance.
L’histoire retiendra que les marcheuses de Grand-Bassam ont participé à ce mouvement bien avant l’heure. Leur engagement a montré que la lutte pour la liberté ne concernait pas seulement les dirigeants politiques, mais aussi les femmes, souvent absentes des récits officiels. Aujourd’hui, cette marche reste un symbole de résistance, de solidarité et de courage féminin dans l’histoire ivoirienne.

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