
06 Mar Ramata Samaké, la couturière qui habille l’armée et ouvre la voie aux femmes
Ramata Samaké fait partie de ces femmes qui ouvrent des chemins là où il n’en existait pas. Entrepreneure ivoirienne reconnue, elle est la fondatrice de l’Établissement de Couture Militaire (ECM), la première entreprise nationale spécialisée dans la confection de tenues militaires. Dans ses ateliers sont fabriqués les uniformes de l’armée, de la gendarmerie, ainsi que ceux de la police terrestre et maritime de Côte d’Ivoire. Un domaine longtemps réservé aux hommes, dans lequel elle s’est imposée avec détermination.
Rien ne prédestinait pourtant cette passionnée de couture à diriger une structure aussi stratégique. Dans sa jeunesse, Ramata Samaké commence simplement, avec une machine à coudre et une ambition tenace. Elle ouvre sa première boutique en 1984. Onze ans plus tard, en 1995, son activité prend une dimension officielle avec la création de l’ECM, un tournant décisif qui marque le début d’une ascension remarquable dans le monde de l’entrepreneuriat.
Aujourd’hui, elle dirige une équipe d’une vingtaine de couturiers et couturières, qu’elle encadre avec rigueur et exigence. Son travail, salué pour sa qualité et sa constance, lui a valu de nombreuses distinctions. Elle a reçu une dizaine de prix et de médailles au cours de sa carrière, et son parcours a été personnellement reconnu par le président ivoirien Alassane Ouattara. Mais pour Ramata Samaké, la réussite ne se mesure pas seulement en récompenses. Elle se mesure aussi à la capacité de transmettre.

Ramata Samake dans l’un de ses ateliers de couture de tenues militaires. Crédit photo : Tora San Traoré.
Son histoire dépasse désormais les frontières ivoiriennes. Invitée à intervenir jusqu’en Inde, elle partage son expérience devant des publics venus du monde entier. Partout, son message reste le même : les femmes doivent oser entreprendre, viser grand et refuser les limites qu’on tente de leur imposer.
Cette volonté de transmission prend une forme concrète en 2015, lorsqu’elle fonde l’Association des Femmes des Communautés Membres de l’Union Africaine (AF-COM UA). Au sein de cette structure, une centaine de commerçantes, âgées pour la plupart de 30 à 50 ans, se réunissent régulièrement pour échanger, se former et se soutenir. L’objectif est clair : créer un espace de solidarité où les femmes peuvent développer leurs activités et gagner en autonomie.

Ramata Samake avec les femmes de l’AF-COM UA.
Credit photo : Tora San Traoré.
Ramata Samaké y anime elle-même des ateliers consacrés à la gestion financière, à l’investissement et au développement entrepreneurial. Elle accompagne ces femmes dans la structuration de leurs projets, les encourage à formaliser leurs activités et à croire en leur capacité à réussir. Son engagement ne se limite pas à l’économie : l’association mène également des actions de sensibilisation contre les violences basées sur le genre et apporte un soutien aux victimes, convaincue que l’indépendance financière est souvent une condition essentielle pour sortir des situations de violence.
Au fil des années, l’AF-COM UA est devenue bien plus qu’un réseau professionnel. C’est une communauté soudée, où l’entraide est une règle. Consciente des transformations du commerce, Ramata Samaké veille aussi à préparer ces femmes aux réalités du numérique. Initiation à l’utilisation de l’ordinateur, découverte des réseaux sociaux comme TikTok, conseils pour développer les ventes via WhatsApp : autant d’outils qui permettent à ces entrepreneures de s’adapter à un marché en constante évolution.
Son parcours raconte une chose simple, mais puissante : lorsqu’une femme franchit une porte, elle peut en ouvrir des dizaines derrière elle.
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