
09 Mar Marie-Hortense Tohibatou, 29 ans de lutte pour les droits des femmes dans l’ouest ivoirien
Marie-Hortense Tohidje Tohibatou milite depuis près de trente ans pour les droits humains. Assistante sociale de formation, elle a débuté son engagement dans l’humanitaire en 1996, au plus fort de la guerre civile au Liberia. À cette époque, elle travaille auprès de réfugiés libériens installés à la frontière entre le Liberia et la Côte d’Ivoire. C’est au sein du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés qu’elle découvre la puissance de la sensibilisation de terrain, faite de discussions patientes, d’écoute et d’accompagnement individuel. Une méthode qu’elle n’a jamais abandonnée.
Depuis 2004, elle consacre son énergie aux femmes de la région du Cavally, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, notamment à Guiglo et dans les villages environnants. Elle dirige l’ONG Solidarité internationale pour la paix et le développement (SIPAID) et occupe également le poste de secrétaire exécutive de l’Espace ami des femmes, un réseau fondé en 2014 qui rassemble plus de 280 initiatives portées par des femmes, avec le soutien du Fonds des Nations unies pour la population. À travers ces structures, elle coordonne des actions de sensibilisation, de formation et de protection des victimes de violences basées sur le genre.
La première chose qui frappe lorsqu’on rencontre Marie-Hortense Tohibatou, c’est sa prestance. Grande, le regard direct, la voix posée, elle dégage une autorité tranquille. Mais c’est surtout par ses idées qu’elle impressionne. Elle parle avec précision, multiplie les exemples, cite des situations vécues, raconte des années d’engagement sans jamais donner l’impression de se répéter. Participation des femmes aux processus de paix en période électorale, lutte contre les violences sexuelles, accompagnement des victimes, plaidoyer auprès des chefs religieux pour que les agressions ne soient plus réglées à l’amiable, combat contre les grossesses précoces en milieu scolaire : elle est sur tous les fronts, et elle invite chacun et chacune à prendre part à la lutte.
À l’occasion du 8 mars, nous l’avons suivie dans les rues de Guiglo, où elle sillonne la ville avec son équipe pour distribuer des centaines d’invitations. Objectif : mobiliser toute la population pour une grande journée de sensibilisation contre les grossesses précoces à l’école. Chefs d’établissement, élèves, commerçantes, responsables administratifs, passants, personne n’est oublié. Pour elle, la prévention doit toucher tout le monde, sans exception.
Sa vivacité d’esprit, son franc-parler et son extrême douceur expliquent sans doute pourquoi elle est écoutée partout où elle passe. Au marché, où elle rappelle inlassablement qu’ »il faut éviter que nos filles de 12 ou 13 ans tombent enceintes et abandonnent l’école ». À la radio locale, où elle intervient régulièrement pour parler des violences faites aux femmes. À l’hôpital de Guiglo, auprès du personnel soignant. Au tribunal pour mineurs, avec les magistrats et les avocats. Même face à ceux qui contestent son combat, elle garde le même calme.
Lors d’une discussion, un homme lui explique qu’il faudrait « arrêter de parler des droits des femmes et leur rappeler surtout leurs devoirs ». Elle écoute, patiente, sans hausser le ton. Puis elle répond avec douceur que les hommes ont eux aussi des responsabilités dans le foyer, et que l’éducation des enfants comme les tâches domestiques ne peuvent pas reposer uniquement sur les femmes. La conversation se termine sans conflit, mais avec une leçon claire : le féminisme qu’elle défend est ferme, mais profondément respectueux.
En quittant Marie-Hortense Tohibatou, on a le sentiment d’avoir reçu un cours d’activisme, de persévérance et d’humanité. Après près de trois décennies de terrain, elle ne parle pas de fatigue, mais de transmission. Aujourd’hui, elle souhaite porter son expérience au-delà des frontières ivoiriennes, participer à des rencontres internationales, échanger avec d’autres militantes, partager des méthodes qui ont fait leurs preuves. Parce que pour elle, la lutte pour les droits des femmes ne s’arrête jamais à une ville, ni même à un pays.
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