
13 Déc 10 informations sur la situation des femmes en prison en Côte d’Ivoire
Entre octobre et décembre 2023 , la journaliste Sadia Mandjo s’est intéressée aux droits des femmes en Côte d’Ivoire, dans le cadre d’un projet journalistique engagé nommé « Tour d’Afrique des droits des femmes ». Elle s’est également penchée sur le cas des femmes invisiilisées par la société comme les femmes en prison. Elle a épluché des rapports pour les partager sur les réseaux sociaux de son projet, puis s’est rendue dans une prison afin de rencontrer quelques détenues et parler de leurs conditions.
La situation des femmes incarcérées reste largement méconnue en Côte d’Ivoire. Moins nombreuses que les hommes, elles sont aussi plus invisibles dans les statistiques, les politiques publiques et les études sur les conditions de détention. Voici plusieurs éléments essentiels pour comprendre leur réalité.
1. Les femmes représentent une minorité dans les prisons ivoiriennes
Selon les chiffres de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) publiés en 2022, la population carcérale en Côte d’Ivoire compte :
- 638 femmes et 14 mineures
- contre 24 495 hommes et 974 mineurs
- Cette tendance se retrouve à l’échelle mondiale. D’après les données des Nations unies, les femmes représentent entre 2 % et 10 % de la population carcérale dans le monde.
2. Une minorité encore plus invisible
Parce qu’elles sont peu nombreuses, les femmes détenues sont souvent moins prises en compte dans les politiques pénitentiaires.
Leurs besoins spécifiques sont rarement étudiés et leurs conditions de détention sont moins documentées que celles des hommes.
Elles sont aussi plus facilement oubliées par la société, car l’incarcération féminine est perçue comme une double transgression :
transgresser la loi, mais aussi transgresser le rôle social attendu des femmes.
3. Les mineures sont doublement invisibilisées
Les filles détenues sont encore moins nombreuses que les femmes adultes.
Cette faible représentation entraîne un manque de structures adaptées et très peu de données sur leur situation. Elles cumulent ainsi plusieurs formes de vulnérabilité :
- mineures,
- femmes,
- détenues.
4. Des infractions souvent liées à la précarité économique
Les femmes incarcérées en Côte d’Ivoire sont fréquemment impliquées dans des infractions liées à leur situation sociale.
Les statistiques montrent que les femmes sont plus exposées au chômage et aux emplois précaires : 54,2 % des femmes sont sans emploi, contre 32,8 % des hommes. Cette fragilité économique peut conduire certaines à commettre des délits pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur famille.
5. Une vulnérabilité exploitée par les réseaux criminels
La précarité rend certaines femmes plus susceptibles d’être recrutées ou manipulées par des réseaux criminels.
Dans plusieurs affaires, elles se retrouvent impliquées dans :
- le trafic de drogue,
- le proxénétisme,
- la traite d’enfants,
- ou d’autres activités illégales.
Souvent, elles occupent les rôles les plus exposés, ce qui augmente le risque d’arrestation.
6. La majorité des femmes détenues sont impliquées dans des affaires de trafic ou de traite
En Côte d’Ivoire, une grande partie des femmes incarcérées sont poursuivies pour des faits liés :
- à la vente de drogue,
- à la traite d’enfants,
- ou à des activités économiques illégales.
Ces infractions sont souvent liées à la nécessité de survivre dans un contexte de précarité.
7. Des besoins spécifiques peu pris en compte en prison
Elles manquent de tout : douches, toilettes, produits d’hygiène, serviettes hygiéniques, médicaments, soins, eau, nourriture (moins de deux repas par jour).
8. Jusqu’en 2024, les femmes étaient incarcérées avec leurs enfants
Elles entraient en prison avec leurs enfants car elles n’avaient personne de confiance à qui les confier à l’extérieur. Ces enfants passaient les premières années de leur vie dans des cellules et des espaces inadaptés. Concernant les femmes enceintes, selon le Code pénal ivoirien, elles doivent attendre 8 semaines après l’accouchement pour subir leur peine. Mais cette mesure n’est pas respectée dans la majorité des prisons.
9. Une réalité encore trop peu documentée
Le manque de données et d’études sur les femmes en prison rend difficile la mise en place de politiques adaptées. Cette invisibilité contribue à maintenir des conditions de détention peu connues du grand public, et donc rarement débattues. Sans oublier qu’elles sont plus vulnérables face aux violences verbales et physiques
Pourtant, mieux comprendre la situation des femmes incarcérées est essentiel pour garantir le respect de leurs droits et améliorer les conditions de détention en Côte d’Ivoire.
10. Des solutions en réflexion
Parmi elle : la dépénalisation de certaines infractions considérées comme de la petite délinquance (vol de téléphone, mendicité, détention illicite de produits pharmaceutiques, etc). Sanctionner différemment (liberté surveillée, travail d’intérêt général, etc). Recruter plus de magistrats pour accélérer le processus de jugement et diminuer le nombre de personnes qui attendent d’être jugées, en prison. Respecter les droits des femmes / mineur.e.s. Fournir des produits de base (eau, serviettes hygiéniques, médicaments etc).
Sources : Etude “Vivre l’enfermement, regard sur la condition des femmes et mineures en détention. 2022 / 2022 country reports on human rights practices, Côte d’Ivoire / Prison Insider- Côte d’Ivoire : être femme ou enfant en prison. 2023 / Convention relative aux droits de l’enfant en Côte d’Ivoire / Code pénal ivoirien
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